Des Femmes, par Boris Nonveiller

Wadji Mouawad est connu, surtout depuis sa tétralogie, Le Sang des promesses, pour sa justesse et son sens de la répartie quand il s’agit de plonger le spectateur dans des tragédies modernes. Il n’était donc pas étonnant d’apprendre qu’il mettrait en scène trois tragédies de Sophocle : Les Trachiniennes, Antigone et Électre. Monter une tragédie grecque aujourd'hui a beau être un défi d'envergure, Wajdi Mouawad était être le candidat idéal pour le relever. 

La mise en scène vise une modernisation nuancée des textes originaux afin d'accentuer l'actualité du texte. Dans ce sens, elle est très juste, malgré quelques raccourcis de casting plutôt faciles : était-il pertinent de faire jouer Héraclès et Déjanire par la même actrice? Quelques éléments du décor suggèrent le lieu de l'action, laissant le reste à l'imagination du spectateur. Ainsi, l'histoire semble se passer dans un terrain frisant l'intemporel, sans toutefois trop sombrer dans l'abstrait. Dans le même ordre d'idée, les costumes, plutôt sobres, suggèrent l'époque contemporaine sans l'étaler.  Le spectacle nous était annoncé comme du « théâtre rock » et la musique, remplaçant savamment le chœur (sans totalement l’effacer) variait entre le rock classique et l’expérimental, soulignant l'intensité du jeu aux bons moments, même si la voix du chanteur avait parfois du mal à suivre. C'est dommage, car il était parfois difficile de distinguer le texte du chœur. 

Les Trachiniennes est sans doute la pièce la moins réussie des trois, sans doute à cause du texte original qui est le moins fort des trois œuvres de Sophocle, mais aussi parce que le jeu n'était pas toujours parfait. Sylvie Drapeau, dans les rôles de Déjanire et Héraclès, pouvait avoir des moments de justesse sublime un moment, et être on ne peut plus fausse quelques minutes plus tard. Le reste de la distribution tenait très bien.

Antigone est extrêmement réussie, la musique s'éloignait un peu du rock pour se rapprocher de quelque chose de plus ambiant, accentuant ainsi l'intensité du récit.  Ici, le jeu était considérablement meilleur, particulièrement en ce qui concerne les trois acteurs principaux: Charlotte Farcet (Antigone), Patrick Le Mauff (Créon) et Richard Thériault (le Coryphée) dont il faut Les ouvrages comiques abondent désormais, notamment avec Alessandro Stradella (1644-1682), fixé à Rome jusqu'en 1677, et Bernardo Pasquini (1637-1710). Ce dernier, tout en restant attaché au vieux style d'écriture, insère de remarquables finales collectifs dans Tirinto (1672) et l'Alcaste (1673), et enrichit l'orchestre dans Lisimaco, dramma eroico où la virtuosité vocale se donne libre cours dans une longue suite de morceaux isolés ou pezzo chiuso (« structures fermées ») : 13 duos et 58 arias ; en effet, au type d'aria dit « romain », de forme ABB, se substitue l'aria da capo (ABA'), dont le chanteur ornemente les reprises à son gré, un usage mis en vogue par le castrat B. Ferri, protégé de la reine Christine. Stradella, novateur d'une autre trempe, s'efforça d'éviter cette césure trop brutale entre récit et aria, utilisant la forme intermédiaire de l'arioso.saluer notamment le beau numéro de danse au début de la pièce. Ici,le spectateur suivra une Antigone presque nue, mais couverte de terre et de boue, nous rappelant son rapport à la terre et à ses racines. 

Électre est un beau finale pour ce spectacle d'environ six heures, le rythme permettant de ne pas perdre le public. On y voit Électre, campée parfaitement par Sara Llorca, vivant dans une sorte de bidonville pas loin du palais royal. Elle passe sa journée en sous-vêtements dans un imper, pataugeant dans la boue, sous la pluie. C'est une belle illustration de la folie que nous livre cette Électre, sans jamais surjouer. Il aurait été souhaitable d'éviter la suggestion d'une liaison incestueuse entre Oreste et sa sœur, la pièce était déjà assez lourde. Une tragédie comme Électre peut se passer d'inceste. Sylvie Drapeau était déjà plus en forme pour le rôle de Clytemnestre, même si elle aurait pu déclamer un peu moins.,

Finalement, malgré quelques bémols, Des femmes demeure un très bon spectacle. Des textes qui nous paraissent tellement lointains sont souvent actualisés à leur détriment. Actualiser et rester fidèle demeure encore aujourd'hui un pari assez risqué, mais ici, il est hautement relevé. Réussir à tenir le public en haleine pendant trois tragédies était déjà un accomplissement en soi, mais Wadji Mouawad a en plus livré une version rafraîchissante de classiques du théâtre qui n'attendaient que cela. À quand les femmes de Racine?

© Boris Nonveiller, 2012

Détenteur d'un baccalauréat spécialisé en philosophie et d'une mineure en littératures de langue française, Boris Nonveiller étudie présentement en cinéma. Lors de son parcours académique il a produit des critiques de films et une chronique sur le cinéma de genre dans les journaux étudiants Le Quartier Libre et Le Pied.

 

 

 

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[Photo: C. Hélie. Droits réservés.]

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