Philippe Besson dîne à Montréal

Philippe Besson signe Dîner à Montréal aux éditions Julliard. Un livre qui paraît aujourd’hui en France, quatre mois seulement après Un certain Paul Darrigrand. L’écrivain clôt ainsi un triptyque autofictionnel : le premier volet, Arrête avec tes mensonges, avait paru en 2017. Philippe Besson racontait son histoire d’amour originelle, vécue au lycée, et parlait de lui pour la première fois dans un livre - de façon si transparente. Succès immense : plus de 120.000 exemplaires vendus, le prix de la Maison de la presse et celui de Psychologies Magazine, une adaptation cinématographique bientôt en salles. Un certain Paul Darrigrand nous décrivait en janvier dernier l’amour suivant : la fac de Bordeaux dans les années 80, un amour étudiant, un amour pour un homme qui aimait une femme.

En trente ans, les romans ont passé et leur auteur est devenu prisé, au point de dédicacer ses livres dans le monde entier. Un soir, dans une librairie montréalaise, Philippe Besson rencontre l’inattendu : Paul Darrigrand avait appris la tenue de cette rencontre. L’écrivain est interloqué, les deux hommes n’ont pas le temps de se parler, ils se donnent rendez-vous pour dîner.

La force du texte réside en partie dans le huis clos établi par Besson : on lit un repas en temps quasi réel, un dîner qui court presque tout le long du roman. Philippe est accompagné de son compagnon Antoine, Paul de sa femme Isabelle à qui à l’époque il avait annoncé la liaison aujourd’hui pardonnée. On parle de tout et de rien, on survole les dix-huit années écoulées. Quand Antoine et Isabelle vont dehors fumer, Philippe et Paul replongent alors dans le passé : « Il avait juste dit : moi, je m’en suis voulu. »

Comme toujours chez Besson, le rythme est vif et le ton délicat. Les faits et gestes disséqués, les sentiments décortiqués. « Qu’ai-je fait de ma jeunesse ? me suis-je trahi ? ai-je des regrets, des remords ? Je me suis demandé ce qu’aurait été ma vie si j’avais emprunté d’autres chemins », affirme l’auteur. Des amours, il dit qu’il en a deux qui perdurent : Hervé Guibert et Marguerite Duras. On voit l’influence de celle-ci : « Elle dit : toi, tu vis toujours à Paris ? (…) J’acquiesce : oui, dans le quatorzième arrondissement (…) Elle plaisante : toi qui ne voulais pas y venir… » On voit la maternité d’Annie Ernaux aussi, dans les parenthèses, dans l’italique : « (Après coup, j’ai compris : le trouble de Paul et surtout son infériorité soudaine ont fabriqué ce surgissement, cette invitation.) » L’infériorité soulignée, celle des romantiques dominés par leur cœur. Guibert est là : dans le désir en maître qui ne meurt jamais.


Guillaume Perilhou vit à Paris. Il est critique littéraire au magazine Têtu.

© 2019, Guillaume Perilhou

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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